Cet article fait partie de la série #CommonsTour2017 : pendant tout l’été, je vais sillonner la France et partager avec vous les histoires des communs que je rencontrerai sur ma route, sans savoir lesquels à l’avance.

Quand je suis sortie de la station de métro à Vanves, au sud de Paris, j’ai découvert une ville coquette, moderne, et fleurie. A quelques pas de là, je suis entrée sous le porche qu’on m’avait indiqué, et j’ai découvert l’habitat participatif dans lequel j’allais passer une semaine : un grand immeuble niché entre le mur du cimetière et les autres habitations alentours et s’enroulant autour d’un jardin arboré.

C’est Suzanne, jeune retraitée, qui m’a accueillie et fait faire le tour du propriétaire. La Fonderie, c’est un projet qui a démarré en 1984. Comme son nom l’indique, ce bâtiment fut d’abord une usine, rachetée par un promoteur qui n’avait pas eu d’autre choix que de l’acquérir à l’intérieur d’un lot mais qui ne savait pas trop quoi en faire. Alors il fut ravi lorsque les familles (d’abord 3 puis bientôt 10) lui ont proposé de l’acheter pour y faire des travaux et concrétiser leur projet d’habitat participatif.

Dès le départ, l’habitat a été voulu économe en énergie et écologique, mais à l’époque, les artisans capables de réaliser un immeuble à ossature bois (isolé phoniquement qui plus est) n’étaient pas légion. Alors le groupe a accepté un compromis : l’immeuble serait en béton avec une charpente en bois, et on y a ajouté une très belle façade en bois. Ce ne fut d’ailleurs pas une mince affaire car le bâtiment étant tout biscornu, le charpentier chargé de son habillage a failli jeter l’éponge plusieurs fois ! Il aura fallu toute la persuasion des habitants pour l’encourager à finir.

Après deux ans de travaux, l’immeuble était sorti de terre : 9 appartements de 70m² à 120m² de formes variées, une salle commune, deux chambres d’amis partagées, un atelier et une cave mis en commun, ainsi qu’un jardin équipé d’un compost. La seule chose à laquelle les jeunes couples n’ont pas du tout pensé à l’époque… c’est la question du vieillissement. Il y a des escaliers partout et rien n’est prévu pour faciliter la vie de personnes avec une mobilité susceptible de se réduire. Alors il est bien question d’ajouter un ascenseur dans la colonne prévue à cet effet par l’architecte, mais ça ne résoudrait pas la question des appartements qui sont presque tous en duplex ou triplex.

Il faut dire qu’en démarrant le projet, les habitants ne se projetaient pas 30 ans plus tard ! Il s’agit d’une expérience particulièrement exemplaire car après tout ce temps, les mêmes familles, à une exception près, sont toujours présentes dans les lieux. Bien entendu, la quinzaine d’enfants qui a grandi là est désormais partie s’installer ailleurs, mais les couples d’origine, eux, sont bien là et continuent de faire fonctionner les parties communes de l’endroit, par exemple en accueillant des personnes de passage comme moi ou en prêtant la salle de réunion.

Quel est donc le secret d’une telle longévité ? D’abord, une convergence assez forte des valeurs (écologie, anti-libéralisme,...) et des pratiques. La plupart des habitants de La Fonderie sont par ailleurs impliqués dans les associations locales (journal local, festival du film de l’environnement, association de cyclistes,...). Ils ont tous participé à la création de la première AMAP de Vanves, ont ouvert leur compost collectif aux habitants du quartier. Bref, globalement, ce sont des personnes à l’aise avec la vie en collectif et l’implication citoyenne.

Ensuite, la vie de la communauté est régie par des règles claires, basées sur l’unanimité. Au début, il y avait une réunion chaque mois au minimum pour évoquer tous les sujets, et puis avec le temps, les règles de vie commune, qui ne sont pas écrites, ont été intégrées par chacun et chacune. Aujourd’hui, une réunion par an suffit à résoudre un certain nombre de questions inhabituelles, et puis les choses se passent aussi de manière informelle, dans les couloirs, le jardin ou au cours des nombreux repas partagés. Il y a également un tableau blanc à l’extérieur pour les messages “de service”

Des conflits ? Il y en a eu bien sûr. Mais ils se sont tous réglés, la méthode la plus efficace étant… le temps. Aujourd’hui, la plupart des habitants du lieu sont retraités, et ne sont pas toujours présent dans les lieux d’ailleurs. La question de la pérennité de ce commun se pose. Qu’adviendra-t-il du lieu ? Sera-t-il vendu petit à petit au plus offrant dans un contexte où le PLU a bondi de 30 % ? Sur ce point, Suzanne est confiante : « Nous ne partirons pas tous en même temps » explique-t-elle « aussi, il est possible d’intégrer au fur et à mesure  de nouveaux habitants séduits par notre fonctionnement, de les acclimater, et d’opérer ainsi une sorte de transmission. »

 

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