Cet article fait partie de la série #CommonsTour2017 : pendant tout l’été, je vais sillonner la France et partager avec vous les histoires des communs que je rencontrerai sur ma route, sans savoir lesquels à l’avance.

C’est avec un grand plaisir que j’ai fait la connaissance d’Anne-Sophie et Antoine au cours de mon périple, lors d’une pause dans la jolie ville de Grenoble. Attablés à une terrasse, nous avons partagés joyeusement les pratiques des assemblées des communs de Lille et de Grenoble autour d’un café.

Tous deux élus à la mairie, ils m’ont raconté l’histoire de ces citoyens engagés dans une dynamique de contre-pouvoir, et de leur difficulté, après avoir été élus en 2014, à s’approprier la posture institutionnelle. Le changement de culture n’a pas été évident à faire ! Mais c’est aussi ce qui fait toute la spécificité de l’Assemblée des Communs de Grenoble… qui est née de la rencontre de deux dynamiques.

Du côté de Nuit Debout, une “Commission des communs” a vu le jour en 2016, avec l’idée de discuter de la gestion des communs comme étant une responsabilité commune, qui n’incombe pas seulement aux autorités publiques mais également à l’ensemble des habitants du territoire.

Du côté de la mairie, on n’a pas lâché cette idée philosophiquement intéressante d’investir un espace entre le privé et le public afin de faire de la place aux citoyens dans le débat public. Et c’est donc cette idée qui rassemble militants et élus au sein de la même assemblée aujourd’hui.

A l’occasion de la biennale des villes en transition en mars dernier, des partenaires et des associations ont été invités. Une cinquantaine de personnes d'horizon divers ont participé à cette première assemblée, dont Sylvia Fredricksson et Michel Briand, tous deux commoners, et venus partager leurs expériences.

Ce que les élus soulignent, c’est que même s’ils ont la volonté de faire avancer les choses dans le sens d’une meilleure implication des citoyens à la vie publique, cela n’est pas si simple ! D’une part parce que la législation n’est pas du tout adaptée, notamment en ce qui concerne la prise en charge des risques (le cadre assurantiel n’existe pas), et d’autres part parce que les fonctionnaires ne sont pas du tout sensibilisés et formés pour travailler directement avec les citoyens. Les élus ont donc demandé aux services de travailler sur ces sujets afin de faire avancer les textes et les pratiques.

Malgré tout, parmi les projets aboutis au niveau de la mairie, il existe par exemple des conventions d’occupation d’espaces publics comme les jardins partagés. L’assemblée a également évoqué l'idée d’écrire une charte relative au logement, un peu comme à Bologne où une charte des communs urbains a été rédigée et signée par une quarantaine de villes italienne.

La ville participe également à une “plateforme des migrants” pour accompagner les initiatives d'accueil. On peut aussi citer les budgets participatifs : chaque année 800K€ d'investissement sont ouverts aux projets citoyens. En 2017, 106 projets proposés par les grenoblois ont ainsi été retenus. Et côté culture, on peut citer la volonté de sortir l'art des musées avec le Street Art Festival dont on trouve les traces un peu partout sur les murs de la ville.

A ce jour, l’assemblée des communs a constitué 4 groupes de travail distincts qui se réunissent à intervalles réguliers de manière asynchrone :

  • Communs Naturels
  • Communs de la Connaissance
  • Communs Urbains
  • Communs du Bien-être et de la Santé

L’esprit des communs à Grenoble, c’est également une longue histoire. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, contrairement à beaucoup d’autres endroits, la ville a longtemps conservé ses propres opérateurs pour gérer l’électricité et l’eau, ce qui en faisait un cas tout à fait particulier.

Après avoir quand même été privatisée dans les années 80, l’eau est revenue dans le giron public suite à une longue bataille juridique, citoyenne, de certains élus écologistes et de certains employés de la régie des eaux. Cette bataille gagnée pour la remunicipalisation de l'eau a été la première en France avec la naissance du premier comité des usagers de France, pour faire perdurer l'implication des citoyens dans la gestion de l'eau. Ainsi, le monde entier visite Grenoble pour son modèle de gestion de l'eau. Et du côté de l’électricité et du gaz, l'opérateur est une société d'économie mixte mais le public (la ville de Grenoble) est toujours actionnaire majoritaire.

Cette expertise citoyenne et cet esprit de solidarité perdurent aujourd’hui, et s’incarnent dans la volonté de la ville de s’inscrire concrètement et durablement dans un entre-deux commun qui permet de “faire avec les autres”, tous les autres…

 

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