Pour Michel Bauwens, l’avenir est dans le pair-à-pair, qui permet aux gens de s’organiser en réseau pour créer des communs. Il y voit le germe d’une réforme de l’économie, de la société et même de la spiritualité.

Michel Bauwens est belge, vit en Thaïlande et parcourt le monde entier à la rencontre de gens qui essaient de faire les choses autrement. A travers des films, des livres et des conférences, il appelle à faire du pair-à-pair le « socialisme du XXIe siècle ». Dans cette pratique de l’échange d’informations dans des réseaux organisés de contributeurs égaux, il voit le germe d’une réforme profonde de l’économie, de la société et même de la spiritualité.

Pour ce faire, il a créé la P2P Foundation, dont le but est non seulement de promouvoir cette réforme, mais de tisser des liens entre ceux qui, déjà, mettent en œuvre de telles initiatives à des niveaux souvent locaux. Il s’est peu à peu imposé comme un des penseurs contemporains les plus intéressants et les plus influents.

Les éditions Les Liens qui libèrent publient un livre d’entretiens – « Sauver le monde » (mars 2015) – où Bauwens rassemble les idées qu’il a travaillées et tenté de diffuser ces dernières années. Nous avons profité de sa venue à Paris pour le rencontrer.

Rue89 : Comment êtes-vous passé de ce que vous étiez dans les années 80 et 90 – consultant, expert en stratégie pour BP ou Belgacom – à ce que vous êtes aujourd’hui, c’est-à-dire à l’un des penseurs d’une société alternative, fondée sur l’idée du pair-à-pair ?

Michel Bauwens : J’ai toujours travaillé avec les flux de l’information et utilisé la technologie en ce qu’elle véhicule l’information. Ça n’est jamais la technologie en elle-même qui m’a intéressé, ce sont les flux humains.

Dans les années 90, quand Internet n’était pas encore le Web, j’ai été fasciné par le fait que les cerveaux humains puissent communiquer en temps réel et en temps différé, sans demander la permission à personne. Je me suis dit que ça allait changer le monde.

A l’époque, seuls les ingénieurs, les scientifiques et les universitaires participaient à ce mouvement. On était ensemble, égaux, mais pas nombreux. Avec le Web, le mouvement s’est démocratisé et étendu à la société entière. Le fait de pouvoir communiquer sans contrôle – mais aussi de s’auto-organiser – ouvrait la possibilité de faire quelque chose ensemble en dehors des hiérarchies et du marché.

En 1996-1997, j’ai eu un burn out. Je travaillais trop, j’en avais marre de la mentalité marchande et court-termiste de mon milieu professionnel, du manque d’intérêt pour l’aspect éthique de nos vies. Parallèlement, je voyais qu’au niveau écologique et social, les choses allaient dans le mauvais sens, ce qui ajoutait encore à mon malaise personnel."

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Auteur de l'article : Xavier de La Porte

Crédits : cette courte citation est relayée depuis un autre site à titre d'information.